À quelques jours seulement de la fête des travailleuses et travailleurs, le gouvernement a tenté de s’approprier et de détruire le 1er Mai en permettant à certain·es patron·nes de faire travailler leurs salarié·es. Une attaque frontale contre nos droits qui symbolise bien toute la violence de classe de la bourgeoisie politique et économique.
Car le 1er Mai n’est pas seulement un jour de fête où le muguet et la buvette nous épargnent un jour de turbin. Depuis mai 1886 et le massacre des martyrs de Chicago luttant pour la journée de 8 heures, en passant par le 1er mai 1891 où la “République” fit tirer, à Fourmies, sur les ouvrier·ères revendiquant également la journée de 8 heures et refusant des baisses de salaires, l’histoire nous rappelle que le 1er Mai est le jour de la lutte internationale des travailleuses et des travailleurs.
En 2026, face au noir horizon qui semble nous être réservé, cette journée prend tout son sens : moment de partage, de réflexion collective, d’autogestion et de construction de lendemains qui chantent !
[Article publié à l’occasion du 1er mai 2026, pour le journal de la CNT 38 de ce jour.]
La guerre pour le profit des riches et la mise au pas de la population
La guerre est partout. En Palestine, en Ukraine, au Soudan, au Congo, au Yémen, en Egypte… Mais aussi dans les discours de nos responsables politiques, dans les articles de presse, dans nos télévisions. Partout on nous parle des guerres en cours et de celles à venir, mais surtout on nous la vend !
Emmanuel Macron le disait lui-même à Varces le 27 novembre 2025 : « L’objectif que nous poursuivons est un objectif militaire ».
Il dessinait là les contours de son nouveau service national, qui devrait concerner 50 000 jeunes d’ici 2035. Ce service militaire, pour l’instant volontaire, s’avérera obligatoire dans “des cas exceptionnels”. Le pouvoir se réserve donc le droit de mobiliser des jeunes en cas de conflit armé, et comme toujours, celles et ceux des quartiers populaires seront en premières lignes. Les jeunes scolarisés en réseau d’éducation prioritaire (REP et REP+) ou vivant dans des zones rurales isolées feront partie de la première expérimentation. L’objectif est clair : faire de la population de la chair à canon et financer massivement l’industrie de guerre pour le plus grand bénéfice des grandes fortunes.
Alors que tous les investissements de l’État sont revus à la baisse (l’éducation, la santé, l’ensemble des services publics, la culture !), l’armée voit son budget augmenter de 6,7 milliards d’euros en 2026. L’industrie guerrière tourne à plein régime. En 2024, la France vend pour 21,6 milliards d’euros d’armes à travers le monde, c’est 163 % de plus que l’année précédente. Ces armes qui sèment la mort partout à travers le monde, sont imaginées, conçues et fabriquées ici. À Grenoble, de nombreuses industries et centres d’ingénierie sont concernés de près ou de loin par la fabrication d’armes : Squadrone system, CS group, STMicroelectronics, HP… En Isère, c’est 442 entreprises, 3 711 emplois et 46 millions d’euros de contrat passé avec le ministère des armées. La guerre, c’est une bonne affaire, et une affaire qui rapporte ! Nous finissons par en être tous et toutes les bénéficiaires, souvent contre notre volonté, et dans des proportions infimes comparé aux profits engendrés. Les impôts nationaux et locaux, les cotisations sur les salaires et autres truchements sont aussi issus de cette industrie. Notre confort de vie est redevable de ces guerres.
La bourgeoisie nous envoie vers la guerre, comme elle l’a fait tant de fois dans notre histoire, afin d’en tirer tous les profits qui en découlent. Dans son sillage, elle met au pas les travailleurs et travailleuses, et en premier lieu celles et ceux issus des classes les plus dominées.
De la casse sociale pour le profit patronal
Et pendant que l’on parle de guerre, qu’on la vante, qu’on en menace, et qu’on l’impose comme seul horizon, le monde libéral accélère son idéologie : mettre l’ensemble de la population au service des profits de quelques-uns. Les grandes fortunes n’ont jamais été aussi nombreuses et ne se sont jamais aussi bien portées que cette dernière décennie.
Et qu’on ne s’y trompe pas, jamais l’extrême-droite n’a accédé au pouvoir sans que les milieux financiers y consentent ou l’y aident. Les cercles patronaux préparent leur coalition avec les dirigeants des partis les plus extrêmes. Le Medef et les propositions de loi du gouvernement Macron-Lecornu, soutenus par toute la droite, qu’elle soit de Retailleau, Le Pen ou Bardella, dessinent un futur dans lequel on pourra distinguer la classe dominante d’un côté et trois types de travailleurs et travailleuses de l’autre.
Pour les salarié·es, il n’y aura plus de limitation au renouvellement des CDD : nous serons donc sans cesse sur la sellette, toujours sous pression d’un licenciement, qui s’appellera alors “non renouvellement de votre CDD”.
L’indemnisation chômage, payée par une part de nos salaires, sera plus courte, et comme l’a sans complexe dit le Medef, “mise au service du patronat”. Elle viendra “combler” les temps de latence entre deux contrats, afin de ne surtout pas nous verser “trop” de salaire. Alterner les périodes d’emploi et de chômage nous rend captif·ves des entreprises qui nous embauchent, nous empêche de relever la tête, prendre du recul, faire des choix. Nous serons maintenu·es dans une peur permanente d’un arrêt total de revenu.
Tout se met en place pour que chacun·e ayons une forme de CDI de fait, avec des entreprises qui nous “prendrons” à la tâche. Nos caisses de solidarité et le chômage serviront à compenser.
Pour les tâches les plus mal payées et les plus précaires : livreurs à vélo, activités dans le soin notamment pour les plus âgé·es ; c’est l’indépendance forcée qui est mise en place. Quand on “devient son propre patron” comme iels disent, il n’y a plus de code de travail, plus aucune règle ; tout est permis tant que c’est soit seul·e que l’on met en danger. Nombre d’heures de travail démentielles, impossibilité d’accéder à la santé, absence de congés payés, de jours fériés, de weekend… Une dérégulation totale qui permet que chacun et chacune d’entre nous, potentiel·le client·e, soyons les exploiteuses et exploiteurs de ces plus précaires.
La troisième et dernière catégorie d’exploitation est celle des plus dominé·es, à qui on rappelle sans cesse qu’ils seraient une “sous-classe sociale”, et qu’on maintient sciemment dans la précarité. Pour certaines, on les traque, on les fait travailler gratuitement afin qu’elles acceptent n’importe quel poste, sans lien avec leurs capacités ou leurs savoirs, quel que soit les conditions d’embauche, sous-payé·es, avec des temps de transport inacceptables etc. C’est le cas pour les personnes privées d’emploi, chômeurs et chômeuses, pour les personnes au RSA, et celles qui ne bénéficient que d’aide minimale (AAH et autre).
C’est aussi le cas pour les personnes auxquelles on impose une situation administrative illégale : les sans-papiers. Ces personnes sont sous-payées, font le travail que personne d’autres n’accepte, sont la proie de toutes les mafias, vendeurs de sommeil et autres exploiteur·euses. Ils et elles se retrouvent souvent dans l’obligation de sous-louer des taudis, de travailler sous des noms d’emprunts, d’accepter insultes, mauvais traitement, plages horaires et conditions de travail ayant des répercussions directes sur la santé, sans même parler de sociabilisation et d’éducation des enfants.
Cette classe, en plus de travailler au-delà de tout ce qui est acceptable, sert un objectif majeur de la bourgeoisie : faire peur aux autres travailleuses et travailleurs et, par la provocation des consciences racistes, les diviser. Nous donner un “ennemi” plutôt que de tourner nos regards contre les véritables bénéficiaires de ce système : le patronat, les “investisseurs”, les actionnaires, celles et ceux qui s’enrichissent sur le travail des autres.
Et pour les CDI ? L’évolution du cadre du travail décrite ci-dessus installe l’idée que le CDI serait une exception enviable alors qu’il est la norme de notre monde capitaliste. Et pas du tout enviable puisque capitaliste, et lié à une subordination. Nous nous battons pour beaucoup mieux et c’est cet horizon enviable que tente de faire disparaître toutes ces réformes derrière la peur du déclassement. Les CDD à répétition, le travail indépendant, la surveillance et la diffamation et le maintien de situations administratives inhumaines font aussi peser la violence sociale du travail sur les personnes en CDI. Elle entrave toujours plus le rapport de force concret qu’il nous faut pourtant porter contre celles et ceux qui s’enrichissent sur notre travail. Elle nous fait accepter des hausses d’horaires, des réductions de salaire, des plages horaires incompatibles avec nos vies personnelles, par le biais du chantage à l’emploi et au licenciement.
Ces mille et une strates de précarité créent un clivage au sein de la population. Nous devons fermement le refuser et toujours nous rappeler qui nous exploite, qui nous fait produire toujours plus et avec toujours moins de sens, qui nous impose nos conditions de vie et s’enrichit sur notre dos.
Élections, machine à démobilisation
Les élections nous endorment : pas de mobilisation sociale, pas de délégations, pas de perspective de gagner par la lutte et par nous-même.
Le libéralisme ne cesse de s’étendre, et le patronat, sentant les crises à venir (géopolitique, climatique etc.) passe à l’étape supérieure : celle de l’extrême-droite et du fascisme. C’est sans nul doute ce qui se dessine aujourd’hui. Les grandes fortunes soutiennent l’extrême-droite, qui travaille pour elles. Il n’est pas ici besoin d’en faire l’exposé : les partis de droite votent à l’unanimité pour la casse de tous les conquis sociaux, pour détruire la Sécurité sociale (santé, retraite, aides familiales…), pour abroger le Smic, etc. L’histoire l’a enseigné et prouvé maintes fois : le fascisme est l’une des formes abouties du capitalisme, l’intérêt pour celles et ceux qui vivent et spéculent sur le travail des autres.
Alors qu’une période électorale vient d’avoir lieu, alors que nous avons été de toute part sollicité·es pour voter ceci ou cela, nous savons qu’aucun conquis social n’a jamais été arraché par un vote. C’est toujours la lutte qui a mené à l’amélioration de nos conditions de vie. Prendre parti pendant les temps d’élections et puis attendre que les élu·es agissent pour nous est illusoire, inutile et dangereux. Il faut s’organiser maintenant, ensemble, tout le temps, avec solidarité, et les syndicats sont là pour ça.
Tant qu’on pointera du doigt les pauvres, plus pauvres, voir légèrement moins pauvres que nous, étrangers, noirs, jaunes, arabes, juifs, musulmans, trans, homosexuels, pour expliquer cette inégale répartition des richesses, alors on ne pourra se diriger que vers la guerre, les génocides, holocaustes, massacres et camps d’extermination.
Face à cela, qu’avons-nous à proposer ?
La défense de ce qui fait nos valeurs communes : une assurance maladie intégrale, une retraite digne, accessible à un âge raisonnable et à un montant vivable, une prise en charge complète et de qualité de l’éducation des enfants, des soins de qualité pour la santé, une solidarité avec les plus précaires d’entre-nous, une assurance alimentaire et du logement, des services publiques de proximité, bibliothèque, piscine, cinéma, maternité, équipements de voirie… Cette liste est une utopie ? Non, elle n’est que le reflet de ce dont nous bénéficions toutes et tous chaque jour et que les gouvernements successifs s’acharnent à déconstruire au profit d’entreprises privées et leurs bénéficiaires.
La France est un des pays les plus riches au monde, il n’y a pas de problème d’argent. Il y a un problème de répartition de cet argent. Il y a aussi la douloureuse question de la provenance de ces richesses, qui sont pillées à travers le monde, sous les ordres de nos entreprises, avec le soutien de nos gouvernements, et dont nous bénéficions de fait. Nous devons refuser cet enrichissement sur le dos d’autres travailleuses et travailleurs, dans tous les pays que nous exploitons. Nous devons refuser de participer et d’être bénéficiaire du colonialisme d’aujourd’hui.
La solidarité, l’entraide, le refus de la division et de la peur des autres, ça fonctionne !
Les syndicats ont mis en place la Sécurité sociale en quelques mois en France, contre la volonté du patronat et du gouvernement de l’époque. Celles et ceux qui prétendent que l’entraide, la solidarité, le refus de la peur des autres ne fonctionnent pas ont tort ! Nous sommes capables, nous l’avons déjà fait, nous continuerons à le faire !
– Travailler tous, toutes, moins, mieux et autrement
– Prendre les décisions collectivement et à la base
– Se réapproprier les richesses
– Abolir les systèmes d’exploitation
– Limiter l’utilisation des ressources
Ensemble nous sommes fortes, nous sommes forts,
et beaucoup plus qu’ils nous le font croire…
Un autre futur est possible !
SE SYNDIQUER, REJOINDRE LA CNT !
https://ul38.cnt-f.org/nous-contacter/
Rejoindre la CNT c’est prendre le temps de réfléchir au sens de notre travail, son organisation, nos envies et nos besoins. C’est s’engager dans la solidarité, partager ses expériences, découvrir celles des autres. C’est participer à la mise en place d’outils pour mener les luttes, pour préserver nos acquis et en imaginer de nouveaux. Se syndiquer à la CNT c’est s’émanciper et se projeter dans une société juste et égalitaire.

