Après le vote au Conseil métropolitain, le 6 février dernier, d’une résolution levant les problématiques administratives et les parties de “c’est pas moi, c’est l’autre” qui étaient systématiquement opposées aux occupantes et occupants de la Métro, c’est l’occasion de faire un point sur la situation.
Rappel des faits
Le 19 novembre 2025, plusieurs familles de la Villeneuve, expulsées ou menacées d’expulsion par le bailleur social Actis sous la responsabilité de Grenoble Alpes Métropole, rejointes par d’autres familles à la rue, occupent le siège de la métropole (1 place André-Malraux à Grenoble) afin de faire valoir leurs droits bafoués et dénoncer un système de double exploitation : par la plateforme numérique de livraison Deliveroo et par les marchands de sommeil.
LES OCCUPANT-ES EXPLIQUENT LEUR SITUATION
Nous, occupantes et occupants de la Métro, vivons ici. Nous sommes engagé·es au quotidien dans la vie de la Métropole, nous sommes intégré·es, nous sommes bénévoles dans les CCAS, dans des maisons de retraite, dans des associations, nous sommes étudiants et étudiantes, nous sommes en formation, nous sommes des travailleuses et travailleurs, livreurs à vélo, aide-soignantes, formateurs, traducteurs, auxiliaires de vie, femmes de ménage. Nous sommes parfois sans-papiers, en demande d’asile ou en attente de titre de séjour, mais toujours participant·es et intégré·es à la vie commune.
Le fait de ne pas être reconnu·es comme des citoyennes et citoyens de plein droit, l’inégalité dans laquelle nous vivons, les conditions de vie que nous subissons, font qu’on travaille mais en étant sous-payé·es, parfois même, pas payé·es du tout. Et pourtant nous sommes capables de vivre de façon autonome, nous n’avons pas besoin d’aide pour notre vie quotidienne, nous travaillons de manière honnête et sérieuse. Mais sur la question du logement, nos situations font que nous sommes la proie des mafias et des marchands de sommeil. Et Actis joue de ces situations pour se dédouaner de ses responsabilités.
Dès la fin du mois de novembre 2025, afin de les reloger en urgence, plusieurs maires de l’agglomération donnent leur accord à Jérôme Rubes, vice-président de la Métropole en charge du Logement, afin de permettre l’ouverture de bâtiments vides dans leurs communes.
Propriétés de l’EPFL-D (Établissement public foncier local du Dauphiné), ces logements sont vacants pour certains depuis plusieurs années, en attente d’un projet urbain. Ils se situent à Saint-Martin-d’Hères (ex-Hôtel du Campanile d’une quarantaine de chambres), Grenoble (une quinzaine de studios), Pont-de-Claix (4 logements et 3 chambres), Saint-Égrève (2 logements), Échirolles (2 logements), Gières (2 logements), Meylan (1 logement), La Tronche (1 logement), Seyssinet (1 logement), Fontaine (1 logement). D’autres communes, comme Poisat, Seyssins, Sassenage ou Eybens, qui ne présentent pas de logements propriétés de l’EPFL sur leur territoire, ont néanmoins affiché leur volonté de participer à l’effort collectif.
Une visite des bâtiments, effectuée le 10 décembre dernier, a permis de constater que les logements étaient tous habitables et en bon état, nécessitant simplement une remise aux normes de sécurité et dans quelques cas quelques travaux non-structurels (changement d’une chaudière, installation d’une clôture, etc.) pris en charge par l’EPFL-D.
Ce dispositif inédit, arraché par la lutte, devait et doit permettre d’assurer l’hébergement de la totalité des occupant-es de la métropole, une première sur le territoire métropolitain.
À partir du 19 décembre, les premiers relogements interviennent, à Pont-de-Claix, puis à Saint-Egrève et Meylan : 25 personnes – seulement – sont mises à l’abri sans encombre.

Et depuis début 2026… plus rien !
Depuis, les relogements se sont taris, tarissement régulièrement expliqué par une bien pratique ”lenteur administrative” difficilement acceptable alors que les conditions de vie pour les occupant-es sont de plus en plus dures : vivre à plus d’une centaine dans un hall et une salle de réunion, avec 4 toilettes et pas de douches, un éclairage qui ne “fonctionne pas”,une cuisine à quelques distances de là et réduite à une installation congrue…
Les travaux dans les logements repérés ne sont toujours pas réalisés, les conventions ne sont pas signées ou mises à exécution. Par ailleurs, certains CCAS concernés ne mènent pas de travail collectif pour assurer la bonne répartition de l’ensemble des familles dans les logements : en conséquence, début février, nous nous rendons compte qu’il va finalement manquer de logements pour une quinzaine d’occupant-es !
Pourtant nous avons entendues de nombreuses promesses !
On nous assure que la volonté politique serait là… Comme par exemple celle exprimée par le maire de Saint-Martin-d’Hères qui affirme dans la presse le 14 janvier « d’ici fin janvier, nous pourrons accueillir une trentaine de personnes. Il nous faut régler des questions administratives, mais nous allons tenir nos engagements. » Et maintenant que nous sommes à la mi-février, nous attendons toujours.
Cette volonté politique s’est également exprimée lors du dernier conseil métropolitain du 6 février : une délibération encadrant le dispositif de relogement est votée, levant les derniers freins administratifs à la mise en œuvre du relogement. Les maires, les CCAS, et toutes les parties prenantes ne peuvent dès lors théoriquement plus se renvoyer la balle.

LES ENFANTS TOUJOURS VICTIMES
Nos enfants qui vont à la crèche, à l’école, dorment dans des situations difficiles, dans le froid, manque de nourriture. Nos enfants sont épuisé·es et passent la journée à dormir. La vie dans ces conditions a des conséquences graves sur leur développement et leur santé. C’est inhumain et nous sommes des humains.
nous ne voulons plus de promesses, nous voulons des actes !
Mais le temps joue contre les occupant-es de la Métropole :
– d’un point de vue humain d’abord, où chaque jour amène son lot de peines : deux femmes ont fait une fausse couche à cause de l’épuisement général, deux bébés sont nés prématurés pour les même raisons
– les caisses permettant d’assurer le repas et l’hygiène pour 150 personnes chaque jour sont bientôt vides (https://www.helloasso.com/associations/droit-au-logement38/formulaires/2).
– d’un point de vue politique ensuite, car les élections municipales approchent, entraînant un risque d’immobilisme pré et post-électoral, et un risque de remise en cause des accords passés.
Bientôt trois mois de lutte sans relâche pour ces familles qui ne demandent rien de plus que l’application du droit inconditionnel à un hébergement d’urgence. Les mairies et CCAS doivent à présent accélérer les choses. Nous ne voulons plus des promesses mais des actes !
Les occupantes et occupants demandent des actes rapides
→ Que toutes les familles rejoignent un logement digne avant le 25 février. Les derniers travaux à effectuer peuvent se faire en présence des herbergé-es dès lors que les conditions de sécurité sont réunies.
→ La prise en charge en appart-hôtel des familles n’ayant pas encore de logement attribué doit être assurée par les communes engagées notamment celles qui n’ont pas encore contribué à la solidarité métropolitaine.

Texte rédigé à partir de l’adresse faite le 6 février dernier par les occupantes et occupants aux élu-es du Conseil métropolitain et du communiqué de presse publié par l’ensemble des organisations de soutien (dont le DAL, la CNT, la CGT et d’autres) du jeudi 12 février.
Retrouvez ici les précédents articles faisant le point sur cette lutte :
— Article sur la période du 19 au 30 janvier 2026 : https://ul38.cnt-f.org/2026/02/09/jeudi-12-fevrier-conference-de-presse-publique-en-soutien-aux-occupant-es-de-la-metro/
— Paroles d’occupant-es : https://ul38.cnt-f.org/2026/01/12/on-se-bat-pour-vivre-dignement/
— Article sur la période de novembre et décembre 2025 : https://ul38.cnt-f.org/2025/12/07/urgent-rassemblement-demain-jeudi-20-novembre-a-7h/

La lutte a besoin d’un soutien financier, retrouvez un article sur pourquoi et comment ici ( ) et la cagnotte en ligne est là : https://www.helloasso.com/associations/droit-au-logement38/formulaires/2
Vous pouvez aussi faire des dons de :
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Ainsi que couches, lait infantile, savon, shampoing, serviettes hygiéniques.


